Togo: Sur la voie des balayeuses de rue

Publié le 31/03/2017 à 11:23

Elles sont visibles sur la plupart des routes de la capitale togolaise, Lomé. Les balayeuses de rues. Ces femmes bravent plusieurs dangers pour assainir les voies publiques. L’une d’entre elles a accepté nous ouvrir les portes de son monde. Reportage.

Kokounon est âgée de 45 ans et mère de 5 enfants. Mardi, 21 mars 2017, il est 13h. Elle se prépare pour aller à son travail. Elle est responsable de l’entretien du Boulevard Notre Dame des Apôtres. Casquette sur la tête, un gilet fluor dans un sachet plastique, elle est fin prête. « Allons-y », ordonne-t-elle.

Avant de quitter sa maison, elle a pris soin de confier son petit commerce de pop-corn  à l’une de ses colocataires. Elle vit dans le quartier Hédranawoé et pour rallier le centre-ville, elle doit parcourir environ 6 kilomètres à pied. Après plus d’une heure de marche, sous le chaud soleil, nous arrivons enfin sur le Boulevard de Notre Dame des Apôtres situé dans le quartier Bè.

Une fois sur les lieux, son premier réflexe est de prendre une gorgée d’eau contenue dans une bouteille en plastique qu’elle a remplie depuis la maison. Ensuite, elle est allée prendre place sous un hangar vide juste à côté de la route. « On se rassemble ici, avant de démarrer le travail. Malgré le fait que j’habite loin, je suis souvent la première à arriver », explique-t-elle. A la question de savoir où sont les outils de travail, après un sourire elle répond : « Vu la distance que je parcours, je ne peux pas transporter tout ce bagage. Donc, celles qui ont leur domicile tout près d’ici, gardent les matériaux de travail ».

Après une vingtaine de minutes, les collègues de Kokounon arrivent. Elles sont au total une dizaine à être présentes. « On est 12 femmes plus 3 hommes pour transporter le sable que nous ramassons sur la voie », nous renseigne-t-elle. Une fois, la présence des ouvriers vérifiée, la surveillante repartit les tâches. Mais bien avant, elle n’a pas oublié de rappeler les règles de protection. Puisque le travail se fait en plein jour et balayer la rue au milieu des voitures et des motos s’avère extrêmement dangereux.

Que le travail commence !

Notre interlocutrice a pour besogne de rassembler le sable sur la voie par tas que les trois hommes du groupe viendront ramasser. Elle porte son gilet fluor, pose les petits panneaux de précaution et commence le travail. « Les gens ont l’habitude de nous insulter mais nous faisons un travail qui mérite du respect », s’indigne-t-elle, avant d’ajouter « aujourd’hui, le travail va être un peu facile ». En fait, une petite pluie de la veille avait rendu le sable moins poussiéreux. Mais les flaques d’eau qu’elle a engendrées sur la voie constituent une petite difficulté que Kokounon doit gérer. Avec méthode et application, elle ramasse le sable, le met en tas. De temps à autre, avec son pagne elle essuie les gouttes de sueur qui perlent sur son front. Pour ne pas rendre la tâche difficile pour ses autres collègues, dit-elle, elle ne fait que de petits tas de sable. C’est ainsi qu’avec ses autres collègues, elles vont pouvoir rendre le Boulevard Notre Dame des Apôtres propre.

Le danger en permanence…

Malgré les mesures de précaution, Kokounon et ses collègues côtoient des dangers sur la voie. « Il n’y a pas longtemps, l’une de nos collègues a été ramassée par un conducteur de moto. Notre chef l’a amenée à l’hôpital et a pris en charge tous les soins », témoigne-t-elle. En effet, les conducteurs de taxi surtout ceux de taxi-moto constituent le premier danger qui guette les balayeuses sur la route. Bien que les panneaux soient posés pour signifier leur présence, certains conducteurs ne réduisent pas la vitesse en arrivant dans la zone.

Outre les accidents, ce sont les maladies liées à la poussière qui font peur aux balayeuses de rue. « C’est vrai que nous avons parfois des cache-nez, ce n’est pas suffisant. Puisque nous respirons toujours la poussière. Donc nous sommes exposées à des maladies graves mais que faire ? », confie-t-elle embarrassée. De manière générale, les poussières sont considérées comme gênantes ou dangereuses pour la santé. Elles impactent le système respiratoire, a des effets allergènes et peuvent causer des lésions au niveau du nez source de plusieurs maladies dont le cancer de l’ethmoïde. Mais ces femmes n’ont aucune information sur ces maladies.

La pauvreté oblige…

Toutes ces femmes qui balaient la rue sont bien évidemment très pauvres. Leur salaire est estimé à 25 000 FCFA. Donc, en dessous du salaire minimum au Togo qui est de 28 000 FCFA. « Ce n’est pas grande chose mais pour nous c’est beaucoup. Avec cet argent en plus de mon petit commerce, j’arrive à apporter quelques choses à ma famille », révèle-t-elle. Elles sont conscientes de la dangerosité de ce travail. Mais à défaut de trouver mieux, elles s’y mettent malgré elles. « Sur la route, tu peux perdre ta vie mais il faut que moi et mes enfants mangions », conclut-elle avec calme.

Après plus de quatre heures de travail, Kokounon va rentrer à la maison très fatiguée. Mais elle sera encore sur la route dans deux jours.

Augustin Koffi, Lomé

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