Susan Kigula : Une nouvelle vie après le couloir de la mort

Publié le 10/04/2018 à 11:00

C’est avec optimisme que Susan Kigula aborde la vie après avoir passé 16 années dans les couloirs de la mort en Ouganda. Condamnée à la peine capitale pour avoir assassinée le père de sa fille en 2002, elle ne cesse de clamer son innocence.

Suzan Kigula a initié une chorale de détenues lors de sa détention et obtenu un diplôme à distance en droit à l’université de Londres. Ses études en droit lui ont permis de mener un combat aboutissant à l’abolition de la peine de mort obligatoire en Ouganda. Susan Kigula est devenue alors une icône de la lutte contre la peine capitale. Depuis sa libération en janvier 2016,  Elle a fondé « la Susan Kigula African Child Foundation » et consacre sa vie à aider les femmes détenues. Interview exclusive.

Pour quel motif aviez-vous été condamnée à mort ?

J’ai été arrêtée en 2000 et condamné en 2002 pour la mort du père de ma fille, un crime que je n’ai pas commis.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez entendu votre sentence « condamnée à mort » ?

Quand le juge a prononcé la peine, ma première pensée a été pour ma fille, elle qui venait de perdre son père assassiné maintenant sa mère est condamnée à mort. J’ai vu la terre s’effondrer autour de moi, je n’arrivais pas à croire ce qui venait d’arriver parce que j’étais innocente, et face à cette injustice j’étais confuse, j’avais peur et surtout j’étais furieuse contre tous et contre Dieu. Je ne comprenais pas pourquoi Dieu restait calme et permettait toute cette injustice. Tout un mélange d’émotions.

Quels sont les différents combats que vous avez menés jusqu’à votre libération ?

A l’époque de ma sentence, il y avait 417 personnes condamnées à mort. Tous ensembles, nous avons lancé une pétition dont j’étais la meneuse. Cette pétition s’est opposée à la peine de mort obligatoire devant les tribunaux en Ouganda et a abouti à un cas connu sous le nom de « Susan Kigula et les 417 autres ». Après des luttes et d’appels en appels, en 2009 la cour suprême de l’Ouganda a déclaré que la peine de mort obligatoire était contre la constitution et l’a donc abolie dans tout le pays. Cela a permis aux 417 condamnés à mort d’avoir un recours sur la durée de leur peine.

L’abolition de la peine de mort n’a pas permis automatiquement votre libération, qu’est ce qui a donc joué en votre faveur ?

Ma bonne conduite a joué en ma faveur pour ma libération.

Racontez-nous votre quotidien et ce que vous avez fait durant ces longues années dans les couloirs de la mort ?

Je ne pourrais pas en deux minutes vous raconter ce que j’ai traversé dans les couloirs de la mort pendant ces seize années. Chaque jour était différent, chaque jour je perdais ma liberté. Je n’avais plus le choix de décider de ce que je voulais ou pas faire, tout dépendait du bon vouloir des gardiennes de prison.

Quand j’étais en prison, j’ai initié une école, moi qui n’avais pas terminé mes études à l’époque. J’étais en même temps enseignante et étudiante. L’idée était d’aider les autres détenues à avoir de l’espoir, à avoir confiance en elles. Durant cette école je me suis rendue compte des challenges auxquels faisaient face ces détenues à cause de leur pauvreté. Elles ne pouvaient pas se payer un avocat. J’ai donc créé un système d’aide pour les soutenir juridiquement. Je recevais jusqu’à quinze détenues par jour pour les aider à se présenter, comment parler au juge dans leur propre procès. J’en ai vu certaines être libérées. J’étais heureuse et satisfaite pour elles.

Le statut d’ex détenue condamnée à mort, comment vous le viviez au quotidien ?

Etre ancienne détenue, ancienne condamnée à mort est une étiquette que je n’aime pas beaucoup mais ça fait partie de ma vie. C’est d’autant plus compliqué que vous vous levez sachant très bien que vous êtes incapable de commettre un crime mais que vous ne serez jamais innocentée, que vous serrez toujours appelée « ex détenue et condamnée à mort ». C’est vraiment un sentiment qui n’est pas agréable, mais je laisse derrière moi les choses négatives. J’essaie d’avoir des pensées positives. Aujourd’hui, j’ai une histoire à raconter et ce sentiment désagréable ne m’empêchera pas de faire ce que j’ai envie de faire. Rien ne m’empêchera d’aider les autres détenues. Je n’ai pas honte ni pour moi ni pour elles parce que je sais ce que c’est que d’être dans les couloirs de la mort. Et ce qui me donne la force c’est de savoir que je vais réussir.

Pensez-vous légitime qu’une personne soit condamnée à mort quel que soit ce qu’elle a commis comme crime ?

Pour une personne qui a passé 16 années dans les couloirs de la mort pour un crime qu’elle n’a pas commis, ma réponse est « NON ». Une personne ne doit jamais être condamnée à mort quel que soit ce qu’elle a fait.

Votre vie après la prison ? 

Aujourd’hui je suis très impliquée dans les campagnes mondiales contre la peine de mort avec l’Association Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM). Je travaille aussi avec une ONG anglaise qui œuvre surtout au Kenya et en Ouganda. Elle offre une formation et une éducation légale aux prisonnières.

Interview réalisée par Sandrine Kouadjo

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