Rénovation des routes à Lomé : Entre galère et satisfaction

Publié le 18/03/2017 à 12:16

En 2010, le chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé a lancé la politique des grands travaux. Dans ce projet, se trouvent la construction et la rénovation de plusieurs voies de communication à travers le pays. Le nouveau visage que les autorités entendent donner au Togo par l’intermédiaire de ce projet gigantesque n’est toujours pas bien accueilli par les populations riveraines à cause des répercussions négatives sur leurs activités.

Au commencement était le calvaire

L’aménagement d’une rue change non seulement le visage des quartiers mais aussi impacte considérablement la vie sociale et économiques des premiers bénéficiaires. La politique des infrastructures routières prônée par les autorités togolaises doit avoir une incidence positive sur la vie des riverains pendant et après l’exécution des travaux. Chose commune, au début de chaque construction  ou réhabilitation d’une rue dans un quartier, les populations  montent toujours au créneau pour dénoncer  le supplice que les travaux leurs font subir. Et quelques fois, on a failli assister aux mouvements de désapprobation. Les exemples ne manquent pas.

L’Avenue Augustino De Souza, menant de la  plage à partir du rond-point Hôtel de la paix au rond-point « Yéssouvito » de Bè-Gakpoto était dans un état de dégradation avancée. Sa rénovation devrait permettre une amélioration du quotidien des riverains à travers les activités génératrices de revenus qu’elle va accentuer ou générer. Mais au début des travaux les populations surtout riveraines ont énormément souffert. « On ne savait que faire. Difficilement on peut rentrer ou sortir de chez nous. Les boutiques ouvertes aux abords de cette avenue pour la majorité ont été fermées. Tout était au ralenti ici », raconte Mensah, un habitant du quartier Bé-Château.

Une autre conséquence négative dans l’exécution des travaux de cette avenue est l’impact qu’elle a eu sur l’hôpital de Bè, situé juste aux bords de l’avenue. « L’hôpital de Bè, l’un des plus grands de Lomé, accueille beaucoup de patients notamment des femmes enceintes. Pour ces femmes dont la grossesse est à terme, elles doivent passer par toutes les contraintes avant d’arriver à l’hôpital à bout de souffle. La rue Dankpene (c’est la rue choisie comme déviation) qui conduit à l’hôpital de Bé était dans un état pitoyable. L’accès à l’hôpital était très difficile. Les malades devaient passer toutes ces déviations. Je n’ai jamais compris comment ce genre de travaux puissent se faire avec autant de lenteur et sans des contours bien définis et exécutés rigoureusement », confie un employé de l’hôpital de Bé.

L’autre voie dont la construction a suscité un tollé à Lomé est l’Avenue de la Victoire. En effet, elle part de la Colombe de la Paix au carrefour « Mèche Amina » en allant vers l’aéroport, Général Gnassingbé Eyadema. Pour rénover cette voie, plusieurs habitations étaient menacées de démolition partielle sans compensation financière négociée à l’avance. Il a fallu que les riverains haussent le ton pour que les dispositions soient prises. Sur cette Avenue, plusieurs sociétés, hôtels, boutiques et maisons ont failli connaître la démolition. « Si on n’avait pas vite crié, ils allaient abattre nos maisons sans aucun dédommagement. Alors que nous sommes dans la légalité. Puisque la majorité des propriétaires possèdent des titres fonciers justifiant de leur droit de propriété et de construction », s’insurge Isidore, propriétaire d’une maison sur cette Avenue.

Mais les cris de détresse des populations prennent fin avec la fin de l’exécution. Et aussitôt la lumière luit. La course est lancée aux nouveautés sur la nouvelle rue : ouverture de nouvelles boutiques, hausse du prix des locations, les abords sont occupés par toutes sortes de commerces.  

 Et les retombés…

Les peines des populations finissent logiquement  avec la fin de l’exécution des travaux. Et une nouvelle vie commence. Les propriétaires de maison de location augmentent notamment leurs loyers, les boutiques (avec les produits) deviennent beaucoup plus chères. En outre, les populations sortent leurs étals. C’est alors que commencent toutes sortent de surenchères. Au point où des fois,  certains obstruent la voie aux passants. « C’est vrai que cette rue (ndlr Avenue Augustino De Souza) a changé un peu notre vie. J’ai changé l’une de mes chambres en boutique que j’ai louée. C’est mieux que la location simple. Le loyer est beaucoup plus conséquent. Donc j’ai une plus-value », affirme Mensah.

L’autre chose notable avec la réhabilitation de l’Avenue est qu’il y a plus d’affluence. L’insécurité qui était aussi l’un des problèmes de l’Avenue a disparu. « Avec l’éclairage public, on peut sortir et revenir à l’heure voulue. On a plus la peur d’être attaqué par les bandits », ajoute pour sa part une commerçante du quartier Bé-Souza-Nétimé.

Sur l’Avenue de la victoire, John, un commerçant d’origine nigériane, détenteur d’une boutique de « Commerce Général ». Pour rattraper l’argent perdu au moment de la réhabilitation de l’avenue dit-il, a revu ces prix à la hausse. « Pendant l’exécution des travaux, j’ai fermé ma boutique la plupart du temps alors que j’ai continué de payer le loyer. Il faut que je rééquilibre les comptes », se défend-il dans un français alterné avec l’anglais.

Mais ces différents changements après la rénovation ou la construction d’une rue sont normaux selon Honoré Blao, économiste. « C’est normal, ça veut dire qu’on a donné une valeur à l’infrastructure. Dès  qu’une infrastructure prend de la valeur, les gens autour du site commencent par flamber le bâti-urbain autour de la rue. Les boutiques ou les immeubles prennent de la valeur», a expliqué l’économiste.  L’une des principales raisons de cette flambée des prix sur les nouvelles rues est l’accessibilité.

En outre, pour que ces infrastructures impactent véritablement sur la vie quotidienne des populations, il en faut plus. «  Ce qui peut changer une cité c’est tout ce qui est aménagement et équipement. C’est-à-dire les espaces verts, les rues, les jardins publics, l’éclairage. La rue c’est important mais il faut ajouter d’autres choses », a ajouté Honoré Blao.

Ce qui irrite aussi les populations c’est la lenteur des travaux. Les autorités doivent réduire les délais d’exécution. Et les riverains doivent être informés sur le bien-fondé du projet à travers des campagnes de communication  à leur endroit. Pour que ces derniers profitent de la politique des grands travaux.

Sept ans après le lancement de la politique des grands travaux, le visage de la ville de Lomé a certes changé mais il va falloir investir maintenant plus dans l’économie pour que les retombées impactent véritablement les populations.

Augustin Koffi, Lomé

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