Littérature : du zizi et du « cul » pour les tous petits !

Publié le 21/03/2017 à 08:08

« Avant d’offrir des œuvres littéraires aux plus jeunes, prenez le temps de vérifier qu’elles sont propres à la consommation », soutenait le web activiste Diaby Mohamed sur Facebook, ce dimanche 19 mars. Si lui est écœuré par les coquilles que l’on retrouve dans les livres, je suis, pour ma part, doublement peinée de retrouver… du zizi et du cul… dans des livres pour enfants. En d’autres mots, des livres pour enfants avec un langage interdit aux enfants. Opinion.

Amoureuse de lecture, je tiens à transmettre cette passion à mes enfants. C’est donc avec enthousiasme que je leur offre de nouveaux bouquins, dès que l’occasion se présente. Un matin de février, ce sont deux ouvrages de l’auteur d’Aya de Yopougon, avec les histoires « pimentées » (vous comprendrez le choix du mot) de la petite Akissi.

« Akissi, rentrée musclée » et « Akissi, super héros en plâtre ». Deux ouvrages du reste bien édités, avec des couvertures chaleureuses qui ouvrent grand l’appétit des enfants et narrant les aventures d’une gamine, Akissi, intrépide et éveillée, qui court dans tous les sens. Les illustrations dynamisent le récit. On se laisse vite emporter. Quand soudain, au fil de l’histoire, des phrases me nouent la gorge. Incapable de les répéter, je referme le livre.

« Ta bouche on dirait le cul d’une vache ! »

 

« Akissi super héros en plâtre », page 5. « Et toi, ta bouche on dirait le cul d’une vache », répond un enfant à l’injure de son ami. Il ne m’a pas fallu plus pour voir rouge. Ma fille (5 ans), qui sait lire, prend le livre et cite la phrase mot pour mot. Entendre le mot « cul » de sa bouche me choque. Je reprends le livre, juste pour m’assurer de la cible. C’est effectivement un livre pour enfants. Diantre !

 

L’on va certainement avancer que ce sont des « choses » qui se disent dans l’univers des enfants. Est-ce cependant nécessaire de l’imprimer dans un ouvrage et le vendre ? Avons-nous le droit de faire des grossièretés des formules consacrées ? Quelles valeurs désirons-nous transmettre à ces mômes ? Malheureusement, je n’étais au bout de mes peines.

« Maman, c’est quoi un zizi ? »

 

Comment expliquer le « zizi » des garçons à ma fille (je rappelle qu’elle a 5 ans). Comment lui parler des « gros seins » des femmes. Pendant qu’on y est, devrais-je lui expliquer comment et pourquoi les filles tombent enceinte. L’auteure d’Aya de Yopougon ne s’en est pas gênée dans son ouvrage « Akissi, rentrée musclée », deuxième ouvrage qui nous a séduit.

Que l’héroïne du livre, Akissi, rechigne à aller à l’école, soit. Mais, de là à parler de « zizi », de « seins » et de « cul » dans des ouvrages pour enfants, je trouve cela inapproprié. À moins que les enfants ne soient pas la vraie cible des « aventures d’Akissi ».

 

Qu’est ce qui n’a pas marché ? Que sert-on à nos tout-petits ? Que veut-on leur apprendre ? Des questions qui peinent à trouver réponse dans mon entendement. Si c’est dans leurs livres que les enfants doivent apprendre les « gros mots », c’est à croire que le livre n’est plus le refuge intellectuel et moral qu’il est censé être.

Paul Fournel (écrivain français) disait : « Lorsque j’aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d’être lue ». Le dernier mot que ma fille aura lu et retenu de ce dernier livre des aventures d’Akissi aura été « cul ». Bref.

Charlène Danon, journaliste, écrivaine, chroniqueuse

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