Libération-inculpation des six journalistes : vers l’abandon des charges ?

Publié le 15/02/2017 à 11:30

Les six journalistes interpellés dimanche 12 février dernier puis gardés en détention à la brigade de recherche, ont recouvré la liberté ce mardi en début de soirée. Une mise liberté intervenue après leur audition par un juge d’instruction qui les a, par ailleurs, inculpés. Les organisations de journalistes qui se sont mobilisées pour la libération de leurs confrères, demandent l’abandon des poursuites.

Crédit photo : Frédéric Goré Bi

Mardi, fin après-midi, devant le palais de justice d’Abidjan au Plateau, c’est un « comité d’accueil » qui attendait dans l’euphorie les « journalistes détenus ». Comité constitué de journalistes de divers médias.

Après les chaleureuses accolades, sous le regard quelque peu inquisitif des passants, le directeur de publication de « Soir Info » et de « L’Inter », Vamara Coulibaly a exprimé son soulagement de recouvrer la liberté. Dans la foulée, il a remercié ses confrères journalistes à travers une allégorie. « Une prison s’ouvre de l’extérieur » a-t-il dit, comme pour saluer la mobilisation des journalistes en Côte d’Ivoire pour leur libération.

Mobilisation des journalistes

Crédit photo : Daouda Coulibaly

Dès l’arrestation des six journalistes pour divulgation de « fausses informations » dimanche, les journalistes en Côte d’Ivoire sont montés au créneau pour demander la libération de leurs confrères. 24 heures après dans la soirée du lundi 13 février, une délégation de journalistes conduite par Moussa Traoré, président l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) a été reçue par le ministre de la communication Bruno Koné. Au menu, la libération des confrères interpellés.

Après cette rencontre, les déclarations faites de part et d’autre auguraient d’une mise en liberté ultérieure des six journalistes. Or donc la conjecture d’une inculpation était aussi plausible.

Liberté provisoire sous inculpation

Libres, oui. Mais pas tout à fait. C’est le statut actuel des six journalistes. Car avant leur mise en liberté, ils ont été entendus par un juge d’instruction mardi après-midi en présence du procureur. Lequel juge a confirmé les charges contre eux.

La présidente l’Association de la Presse Etrangère en Côte d’Ivoire a exprimé « sa préoccupation » face au maintien des charges. Elle a au nom de ses confères, « demandé l’abandon des poursuites engagées. »

Même son de cloche chez le Syndicat national des Agents de la Presse Privée de Côte d’Ivoire (SYNAPPCI) et l’UNJCI qui demandent la relaxe pure et simple par l’abandon des charges.

Bruno Koné navigue entre souplesse et fermeté

crédit photo: aip.ci

A la libération des six journalistes, le ministre de la communication Bruno Koné s’est félicité sur son compte twitter. Il a ensuite écrit que son « souhait est de ne plus voir de journaliste en prison ou même interpellé. »  Aussi s’est-il empressé d’appeler la presse à « un plus grand respect des règles d’éthique et de la déontologie. »

En clair, tandis que les organisations de journalistes évoquent « une atteinte grave à la liberté de la presse », Bruno Koné lui, sous-entend une violation des règles de l’éthique. Deux grilles de lecture différentes qui ne seront pas sans conséquence sur la suite de l’affaire.

Quel dénouement ?

Des deux choses l’une. Sois le parquet abandonne les charges contre les journalistes. Ce qui irait dans le sens des organisations de la presse nationale et internationale. Ou alors un procès naît des poursuites engagées. Ce qui écornerait l’image de la Côte d’Ivoire et de ses autorités. Mais surtout entraverait le libre exercice par le journaliste de son métier.

Relaxe ou poursuite, les jours à venir nous situeront sur cette affaire dont le commencement était une mutinerie des forces spéciales à Adiaké.

Mo Lameen’S

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