Le taux de chômage : voici les vrais chiffres en Côte d’Ivoire

Publié le 20/01/2018 à 09:27

Invité du Press club de l’UNJCI le 15 janvier 2018, le ministre de l’emploi jeune a rendu officiel le taux de chômage en Ci (2.8%) selon la dernière enquête emploi dénommée ENSESI 2016 (Enquête Nationale sur la Situation de l’Emploi et du Secteur Informel 2016). Une déclaration qui a fait coulé beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux notamment. Notre chroniqueur revient sur ces chiffres et révèle la réalité du terrain en matière d’emploi. Explications. 

Pour rappel, la cérémonie de restitution du rapport de cette enquête a eu lieu le 22 décembre 2016 à l’auditorium de la primature. Je m’interroge sur tout ce temps mis pour rendre officiel ce chiffre. Cependant là n’est pas la véritable préoccupation.

En effet il dit et je cite :   » le taux de chômage en CI est en baisse depuis 2012 où il se situait à 6.1%. Il s’est établi ensuite à 5..3% en 2014 puis à 2.8% en 2016″. Ce qui n’est pas totalement faux. Bien évidemment l’on dira que la définition internationale adoptée depuis 1982 par le BIT (Bureau International du Travail) a été utilisée pour le calcul de cet indicateur à savoir :
1.Etre sans emploi
2.Etre disponible pour travailler
3.Etre activement à la recherche d’un emploi.

Télécharger l’étude sur l’emplois des jeunes en Côte d’Ivoire 

Cependant, ce que nous savons de nos économies sous développées, c’est que compte tenue de la précarité des conditions de vie et de la pauvreté (pas d’indemnisation du chômage, pas d’assurance chômage, pas de sécurité sociale…), les populations ne peuvent pas se permettre de ne pas travailler et sont contraintes d’accepter même des emplois précaires pour leur survie.

Fort de ce constat nous convenons que le 1er critère du BIT (être sans emploi) ne concerne qu’une frange assez faible et marginale de la population. C’est pour cette raison qu’on enregistre en général des taux de chômage assez faibles dans les pays sous-développés. Ex 2.8% en CI, 6% au Nigeria, 6% au BF, 2.8 au Libéria…

Il y’a donc nécessité de pousser un peu plus les analyses, d’oser le débat et d’élaborer des indicateurs du marché du travail propres aux pays sous-développés qui reflètent la structure et les caractéristiques de nos économies.

En réalité et pour finir, la population active en âge de travailler en Côte d’Ivoire est estimée à 10,5 millions de personnes, sur une population de 25 millions d’habitants. Soit un taux de chômage de l’ordre de 42%, sur la base de critères non conventionnels, mais reflétant la dure réalité du terrain. Ce chiffre paraît beaucoup plus crédible, comme ceux que je communique ci-dessous et qui sont contenus dans le rapport de la dernière Enquête Emploi dont on n’ose pas en parler mais qui sont susceptibles de tirer la sonnette d’alarme:

93.9% des emplois sont des emplois précaires;
73.3% des emplois sont des emplois vulnérables;
84.7% des demandeurs d’emploi sont des chômeurs découragés;
93.6% des emplois sont dans le secteur informel;

En Côte d’Ivoire, la proportion des demandeurs d’emploi est passée du simple au double entre 2014 et 2016.

Edouard Ballo, Chroniqueur.

Note de la rédaction : Dans le soucis d’ouvrir le débat sur les sujets d’actualité, nous ouvrons nos pages à tous ceux qui désirent s’exprimer. Ils peuvent le faire librement. 

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