« La relation forces armées et médias, une voie à double sens », Docteur Mathurin Houngnikpo

Publié le 13/03/2017 à 09:52

Il est plus connu sous le surnom de « Docteur Matt’ ». Cet homme à la voix grave et au ton ferme est conseiller au secrétariat du Conseil national de la sécurité de Côte d’Ivoire. Il fait partie des experts invités lors de l’atelier sur « le rôle des médias dans le contrôle de la Sécurité ». Une rencontre qui s’est tenue du 8 au 10 mars 2017. Pour le docteur Mathurin Houngnikpo, une liaison entre acteur de la sécurité et journaliste est difficile mais pas impossible. Interview.

Israël Yoroba : Quelle attitude doivent adopter les journalistes vis à vis de l’information sécuritaire.

Dr Matt : Il faudrait que les journalistes se familiarisent un peu plus avec la chose sécuritaire afin de comprendre les paramètres et les variables. Après tout, ils sont au sein d’un Etat, et il y a des menaces sur cet Etat. Et pour des raisons de sécurité, il y a des choses qu’on ne peut pas dire aux journalistes.

En même temps, l’Etat ne peut plus camoufler certaines informations, lui-même. Pas dans ce monde virtuel d’aujourd’hui. C’est donc une voie à double sens. D’un côté, l’Etat doit s’ouvrir davantage mais les journalistes doivent être discrets sur ce qui touche les questions de sécurité.

IY : Vous leur demandez d’être discrets, alors que le devoir du journaliste est de donner l’information aux populations. Ne pensez-vous pas qu’il y a une contradiction avec le rôle fondamental du journaliste ?

Dr M : Non, pas réellement. Ce n’est pas toute information qui est bonne à dire. Et les journalistes le savent. Si c’est une information de nature à semer le trouble, on ne peut pas les laisser la diffuser. Et cela est pareil dans tous les pays du monde. On ne demande pas aux journalistes de se bâillonner ou de se censurer, mais ils doivent faire preuve de bon sens et de responsabilité.

IY : Une relation journalistes/Forces armées, n’est-ce pas là un mariage contre-nature ?

Dr M : Non. Tout mariage est naturellement problématique. Le mariage par essence est quelque chose qu’il faut travailler en permanence…

IY : Oui mais, les militaires sont dans la discrétion alors que les journalistes sont dans la diffusion. Finalement, c’est un mariage compliqué !

Dr M : Oui mais ce n’est pas parce qu’une relation est compliquée que c’est impossible. Il faut des efforts de part et d’autre. Il y a des journalistes qui vont sur le terrain de guerre. Mais ce n’est pas tout ce qu’ils voient qu’ils publient. Ils doivent se poser des questions. Quand, comment, à qui et pourquoi ?

IY : Comment les forces armées doivent se positionner vis à vis des médias, et peut-être mêmes des nouveaux médias ?

Ils n’auront pas le choix. Ils sont un peu en arrière peut-être, mais ils devront rattraper ce retard. De toutes les façons, si elles ne parlent pas, les populations elles-mêmes vont diffuser de l’information qu’on voudrait cacher. Le monde virtuel est une réalité à laquelle on ne peut échapper. Je crois qu’en Côte d’Ivoire, les autorités en sont conscientes. Le problème, comme dans beaucoup de pays en Afrique d’ailleurs, c’est le temps que ça met pour s’adapter. Et le temps de s’adapter, l’environnement a déjà changé.

Réalisé par Israël Yoroba.

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