INFAS : les étudiants de 3e année expliquent les résultats catastrophiques

Publié le 05/10/2017 à 11:36

Il y a du remous dans la 25 e promotion des étudiants infirmiers et sages-femmes. Surtout pour les étudiants en 3e année. Les résultats de la première session des examens de fin de formation sont un record. 795 apprenants (424 infirmiers et 371 sages-femmes), une seule admise. Du jamais-vu. 
Dans la presse, la direction de l’Infas, se dédouane et indexe les étudiants. Du côté de ceux-ci, ces résultats catastrophiques sont dus en grande partie à un profond dysfonctionnement pédagogique au sein de l’Institut national de formation des agents de santés. Interview 

Par Alfred Oka.
Comment expliquez-vous que sur près de 800 étudiants, seule une personne soit admise ? 

Photo d’archive utilisée à titre d’illustration (crédit : Abidjan.net)

Ce résultat que la directrice elle-même compare au film ‘Titanic'” s’explique par le fait que les cours dispensés en pédiatrie cette année n’avait pas le même contenu dans les différentes antennes. (Bouaké, Aboisso,Korhogo, Daloa) . Notamment pour ce qui concerne la méthodologie du plan de soins. Le sujet en lui-même n’était pas compliqué. Mais super long. Il tenait sur 4 pages. Il y avait 3 rubriques. QCM QROC et Cas clinique (plan de soin).

Sachant que ce sont les plans de soins qui donnent le plus de points nous nous sommes rués là-dessus avec la méthodologie enseignée ici à Abidjan. Mais ce n’était pas ce que le professeur Atsé auteur de ce sujet attendait. En effet, le Professeur Atsé (professeur en pédiatrie) a donné les cours à Bouaké, Korhogo, mais pas à Abidjan. Il a même un livre de pédiatrie sur le marché et la majorité des sujets provenaient de ce livre.
À Abidjan, nous n’avons connu l’existence de ce livre qu’après les compositions. Ici, c’est le professeur Oulaï (excellent professeur en pédiatrie).

Finalement, c’est un peu de votre faute et pas entièrement celle de l’administration ?

C’est la faute de l’administration parce que c’est à elle de veiller à ce que les contenus de cours soient uniformisés. Ensuite une fois les sujets connus, elle doit s’assurer que les sujets en présence font partie du programme enseigné.

C’est-à-dire ?
Voyez vous-mêmes, en gynécologie il y a eu harmonisation des contenus de cours lors d’un séminaire Grand Bassam. On n’a donc pas eu de problème en gynécologie. Plus de 80% des sages-femmes ont eu une note en dessus de 10. Ça n’a pas été le cas en pédiatrie.

Dans la filière des sages-femmes 72% environ ont validé les 3 autres Unité de valeur. À savoir (gynécologie, santé publique et santé de la reproduction) mais personne n’a validé pédiatrie. C’est pourquoi le taux d’échec est si grand. Parce qu’on ne fait pas de moyennes pondérées.
Je précise que l’examen de certification porte sur 4 unités de valeur chez les infirmiers tout comme les sages-femmes. La pédiatrie est commune aux deux filières

Avez-vous alerté l’administration sur ce que vous décriez aujourd’hui ? 

Après les examens, les délégués et président de promotion ont exposé la situation à la directrice. Cette dernière affirme que même en annulant l’exercice litigieux il n’y a toujours pas d’étudiants ayant la moyenne. Ce qui peut s’expliquer puisque nous avons tout misé sur les deux plans de soins. Sans vraiment nous attarder sur les QCM et QROC qui en général ne comptent pas beaucoup de points.

Craignez-vous pour l’avenir ?
Oui. Si nous ne réussissons pas à la deuxième session, ce sera le renvoi pour les redoublants (180) et le redoublement pour ceux qui sont à leur première tentative.
Nous avons proposé une session de rattrapage pédiatrie pour réparer le tort  causé mais cela n’a pas été accepté.

A lire : Une “session de rattrapage” prévue

Encadré.

Loin des tumultes et de la colère des étudiants recalés en première session, il y a les frustrés silencieux : les enseignants de l’Infas.
De façon traditionnelle, ce sont tous des infirmiers et sages-femmes spécialistes. Pour l’année 2016-2017, ils ont été mis à l’écart au profit des professeurs. Ce sont donc des professeurs en médecine qui dispensent les cours en gynécologie et pédiatrie. Une situation mal vécue chez les enseignants de l’Infas. Pas question pour eux de manifester, même s’ils ne disent déçus et frustrés.
AO

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