Festival des musiques de Sélingué : Du son, de la lumière et de l’Afrique

Publié le 27/03/2017 à 09:56

La commune rurale a abrité la 6e édition du « festival international des musiques de Sélingué ». A 140 kilomètres de la capitale malienne, il s’est tenu des expositions, des rencontres artistiques. Et ce samedi 25 mars 2017, de grosses pointures ont refermé les portes de ce festival, à l’occasion d’un concert. Des artistes de renoms, une ambiance de folie et de nombreuses failles sécuritaires. Reportage.

Crédit photo : BamakoShow.com

C’est dans une carrière au cœur de la ville, que le vaste podium a été installé. Ce concert de fin sonne l’apothéose de 3 jours de festival. Pour les habitants de la ville et ceux venus de la capitale, c’est le rendez-vous à ne pas manquer.

20 heures. De partout, hommes, femmes et jeunes convergent vers l’espace à ciel ouvert qui commence à se remplir. Sur la scène, la balance n’est pas encore achevée. A quelques enfourchures de là, des stands de grillades et de boissons permettent aux visiteurs de patienter. La soirée sera longue. Il faut prendre des forces.

La soirée s’ouvre officiellement avec un défilé de mode. Plusieurs stylistes du Mali font défiler leurs modèles sur la scène musicale transformée en « T », pendant une trentaine de minutes. Momo Style, Sadio Collection, Adja Pagne Style… des noms bien connus qui vont laisser place au groupe de rap Calibre 27 pour leur prestation en playback.

Serge Beynaud enflamme la scène

Crédit photo : BamakoShow.com

Minuit 15, précises. Les premières notes résonnent dans les enceintes. Le public crie presqu’en chœur. Les lumières s’éteignent, puis se rallument et s’éteignent à nouveau. Lorsque que les projecteurs éblouissent à nouveau le podium, c’est l’hystérie. L’artiste ivoirien Serge Beynaud y est. Lunettes noires, la barbe prononcée, avec dans une main le micro et le poing de l’autre en l’air. A ses côtés, ses célèbres danseuses : Zota et Falone. Pendant une heure, l’artiste du « Coupé Décalé » revisite son répertoire et ses chansons à succès. Chaque fois reprises en chœur. « Kababéléké », « Okinninkpin », « Karidjatou » etc… les chorégraphies sont maîtrisées. Les syncopes aussi. Les danseuses, de temps à autres, se livrent à une bataille amicale. Acrobatie. Gymnastique. Pirouette. Sous les acclamations et les cris de la foule en délire.

Sidiki Diabaté, un live en deçà de son talent

Vers une heure du matin, c’est au tour de « l’enfant chéri du Mali » de monter sur scène. Sidiki Diabaté ouvre sa prestation avec une chanson bien connue : « Joyeux anniversaire ». Mais la prestation manque d’entrain. Le talentueux musicien n’arrive pas à donner de la voix. Mais, il sait qu’il peut compter sur ses fans pour l’aider à pousser la chansonnette. Presqu’une heure de prestation relevée par la qualité des musiciens qui accompagnent Sidiki Diabaté.

Tiken Jah, l’Afrique au cœur de ses chansons

Crédit photo : Bamakoshow.com

Il est le « fils adoptif » du Mali. Dans le pays où il réside depuis plusieurs années, Tiken Jah est une véritable icône. Et c’est l’une des raisons pour laquelle les organisateurs du Festival le placent à la fin.

Malgré l’heure avancée, la foule chante en chœur tout le répertoire qu’égraine l’artiste ivoirien. Les cheveux longs, la barbe grisonnante, Tiken tient dans sa main une canne qu’il ne lâche jamais pendant sa prestation qui va durer près de deux heures. « L’Afrique est le continent où tout reste à faire », rappelle le chanteur en ajoutant : « Nous devons être fiers de ce continent ».

Après chaque chanson, Tiken Jah lance un message. Il dénonce, conseille, encourage, interpelle. « Il faut que les Africains sachent que s’ils ne se réveillent pas, personne ne viendra opérer le changement à leur place », lance-t-il alors qu’il s’apprête à enchainer une reprise de Bob Marley « Get up, Stand up (…) for your right ».

Israël Yoroba, envoyé spécial à Sélingué.

Encadré : Faille sécuritaire : le bémol !

C’est peut-être l’une des seules fausses notes de ce festival qui a pourtant mobilisé des milliers de personnes dans la ville de Sélingué. Aucune mesure de sécurité. A l’entrée de la place de l’exposition ou sur le lieu du concert, aucune fouille. Les visiteurs vont et viennent à leur guise. Chacun portant son sac à la main ou sur le dos.

Dans la carrière où se tient le concert, le spectacle est le même. Les bodygardes à l’entrée tâtent le poignet de ceux qui entrent. Objectif : vérifier que ceux-ci portent bien le bracelet payant qui donne accès à la fête. Rien d’autre. Certains participants dans la foule tiennent en main des bouteilles en verre. Ils n’ont pas été contrôlés.

Quelques hommes, Kalachnikov en bandoulière, déambulent de temps à autre entre les stands et les participants. En dehors du site, deux policiers régulent la circulation en interdisant l’accès aux voitures. Certains véhicules parviennent à contourner les mesures par des voies détournées. Les motocyclistes eux, échappent à la règle rendant infernale la circulation qui mène au site du concert.

Quand le concert prend fin au petit matin, aucun incident majeur n’est relevé. Seule une jeune fille qui s’est évanouie. Elle est rapidement évacuée par les sapeurs pompiers qui réagissent avec promptitude. Le festival de Séligué referme ses portes sans heurt. Il faudrait mettre les bouchées doubles sur ces mesures sécuritaires élémentaires.

I.Y

 

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