Falone Alognon : Une Nappy dans l’« hair » du temps

Publié le 08/03/2017 à 12:19

Adieu tresses, défrisages et lissages brésiliens. L’heure est au « Nappy ». De plus en plus de femmes africaines affichent leurs cheveux crépus pour revendiquer leur identité. A Lomé, Noelie Falone Alognon fait figure de pionnière de cette mouvance. Et elle le revendique. Jusqu’aux cheveux.  Portrait

« Beauty Nap », le nom est bien connu de la communauté des Nappy au Togo. Il s’agit d’une marque de produits initialement destinée aux cheveux crépus. Depuis quelques mois, la gamme s’élargit aux gels douche et autres produits de soins pour peau. La promotrice de « Beauty Nap », Falone Alognon a le triomphe modeste.  A travers des coachings privés, des workshops et des causeries débat, Falone ne rate aucune occasion pour inciter ses sœurs noires à être « Naturals and Happy ».

Derrière ses lunettes à l’Adriana Karembeu, la jeune dame à la silhouette d’abeille débute son aventure après avoir mis un terme à son travail d’assistante de direction dans une institution de micro-finance. Un BTS en communication des entreprises en poche, Falone préfère « s’amuser » avec le beurre de karité, la cannelle et autres huiles essentielles que d’être derrière un ordinateur. « Les gens se moquaient de moi et m’appelaient ironiquement petite coiffeuse de quartier. Pour eux, la coiffure ou les métiers connexes sont réservés à celles qui n’ont pas fait de grandes études ou qui ont raté leur cursus scolaire », explique-t-elle, en essayant de comprendre ses détracteurs de premières heures.

Un tour dans la boutique de Falone qui lui sert également de cabinet de consultation et de soins pour cheveux, et vous comprendrez qu’elle a une clientèle aussi large que cosmopolite.

Flash back

Il y a sept ans, la jeune dame atterrit dans les soins capillaires comme un cheveu dans la soupe. Une reconversion professionnelle qui coïncide avec ce qu’elle appelle son « retour au naturel », c’est-à-dire ne plus défriser ses cheveux. Les premières heures ne sont guère aisées. Et la native du 25 décembre s’en souvient : « J’ai commencé d’abord par faire des produits pour ma propre utilisation, et quelques mois après des commandes pour des amies », raconte Falone.  « Payer les factures n’était pas aisé », se rappelle-t-elle.

Même sa mère trouvait sa décision tirée par les cheveux. « Après des investissements de plus de 2 millions de francs CFA (3000 euros), pour ses études supérieures, comment puis-je comprendre que Fafa (ndlr : affectueusement appelée ainsi par sa mère) décide de tout quitter », se demandait Léocadie Aménoudji, se remémorant son état d’âme après la démission de sa fille de son poste d’assistante. « J’étais très inquiète pour elle, mais aujourd’hui cela s’est dissipé et a cédé la place à la fierté », confie sa génitrice, visiblement soulagée.

Falone, la cosméteuse n’a jamais fait d’étude en cosmétologie. Se définissant comme une autodidacte, elle a appris sur le tas avec beaucoup de recherches notamment dans les livres, sur internet et même sur des recettes de grand-mère.

« Je fais mes produits avec des ingrédients locaux et naturels sans aucun produit chimique. Et il me faut des mois voire une année, pour finaliser une gamme », note Falone. Elle travaille dans un laboratoire installé chez elle en dehors de la ville.

Bien dans son corps et dans ses cheveux

Assumant ses rondeurs, cette jeune togolaise, la trentaine à peine entamée, consulte et conseille ses clientes. « Je fais de la consultation, même si je ne suis pas docteur », plaisante-t-elle, soulignant que la santé physique déteint sur celle des cheveux.

« Je pose toutes les questions possibles. Si vous avez été récemment malade ? Si vous buvez beaucoup d’eau ? Quels sont les soins antérieurs faits aux cheveux ? Autant de questions qui me permettent de déterminer quel type de soins est approprié au client », précise-t-elle.

« Avant mes cheveux étaient très secs et  j’arrivais difficilement à les peigner, mais depuis que j’utilise ses produits, mes cheveux sont devenus doux et soyeux », témoigne Cynthia, une « patiente » rencontrée à la boutique-salon.

Une marque qui décoiffe !

Aujourd’hui, la marque « Beauty Nap » a fait du chemin. Les produits sont exposés dans certaines pharmacies de la capitale togolaise. La prochaine étape c’est la certification. « A Lomé, il n’y a pas de laboratoire spécialisé en cosmétique pour tester nos produits. J’ai découvert dernièrement un à Cotonou, au Bénin et les discussions sont en cours », rassure Falone, qui dit vouloir s’inscrire dans la qualité.

Sans lever le voile sur son revenu mensuel, Falone se dit plus à l’aise financièrement, qu’il y a une dizaine d’années. La promotrice de cette marque doit sa réputation aussi aux réseaux sociaux, où elle passe un temps fou. Comme pour tout jeune entrepreneur, l’accès aux sources de financement demeure un casse-tête pour la promotrice de Beauty Nap, qui depuis, fonctionne sur fonds propres.

S’exporter et conquérir le marché de la cosmétique Afro, sans s’arracher les cheveux. C’est désormais la plus grande ambition que nourrit Falone. Et elle y croit.

Kayi Lawson, correspondante à Lomé

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