Evasion dans le monde de Nabou Fall

Publié le 31/01/2018 à 10:02

Femme d’affaire, blogueuse mais aussi … écrivaine. Nabou Fall fait partie de cette génération de femmes africaines qui osent et agissent pour atteindre leurs objectifs sans se focaliser sur le stéréotype du genre. C’est une femme inspirante qui s’ouvre à nos lecteurs et révèle son « évasion virtuelle ». Son livre qui vient de paraître. Un univers où le bonheur prime sur les préjugés. Interview exclusive.

Par Sandrine Kouadjo

Quel a été l’élément déclencheur de votre combat pour la cause des femmes ?

Je me dis que l’environnement dans lequel j’ai été élevée, ainsi que les principes de base de mon éducation ont influencé ma personnalité et mes choix. J’ai été élevée par une mère battante célibataire qui a été veuve à 21 ans. J’ai toujours été entourée de femmes courageuses qui n’ont jamais baissé les bras face à l’adversité. D’autre part, je compte parmi les femmes de ma famille de nombreuses pionnières, grandes commerçantes, avocates, psychologues, ayant émergée dans les années 60. Je peux dire que j’ai baigné dedans toute ma vie.

Pourquoi avoir choisi l’écriture pour mener ce combat ?

L’écriture m’a choisie et j’ai suivi son appel en me perfectionnant, en me formant, en explorant le monde littéraire sous ses diverses facettes. Le verbe est mon meilleur ami.

En tant que femme africaine, et surtout Sénégalaise, un pays où la soumission de la femme est presqu’une « religion », n’aviez-vous pas eu peur des représailles après les messages que vous véhiculez ?

La soumission de la femme africaine a -t-elle une nationalité ? Et permettez-moi de corriger le terme soumission par le mot résignation. Les femmes se résignent pour se conformer à l’image que la société attend d’elles. La soumission c’est plutôt de la stratégie de séduction dans le cas de la femme sénégalaise. D’autre part, je ne fais que suivre le chemin de mes aînées Mariama Bâ où Ken Bugul qui depuis longtemps dénoncent cette résignation que l’on attend de la femme. Je traite d’un sujet universel qui s’étend au delà des frontières du continent.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez fait face dans vos débuts ?

La seule difficulté que j’ai eu c’est de comprendre le monde du livre et de l’édition. Je suis issue du monde des affaires et je ne savais pas quoi faire de ce que j’ai écrit. Jusqu’à ce que je rencontre Mr Georges Monny qui est un correcteur professionnel basé à Paris qui m’a gentiment proposé de relire mon manuscrit. Il m’a poussé à déposer chez des éditeurs. Ce que j’ai fait dans plusieurs pays d’Afrique. Et finalement j’ai tapé à la porte de Tabala en Côte d’Ivoire qui a évalué mon livre puis accompagné en tant qu’éditeur.

Ah oui, l’autre difficulté c’était de terminer le livre après avoir perdu une partie du manuscrit ! J’ai recommencé c’est tout !

Depuis le début de cette aventure, quel changement avez-vous constaté dans le quotidien des femmes, en particulier des femmes de votre pays ?

J’aimerais savoir où est mon pays s’il vous plait? (Rires)

Je suis née au Sénégal, j’ai grandi en Côte d’Ivoire, j’ai passé une partie de ma vie en France puis j’ai eu à vivre aux Etats-Unis et en Asie. Je viens de passer 1/3 de ma vie entre les deux Congos … Bref, je suis une citoyenne du monde, une panafricaine (rires).

Alors je vais m’en tenir à la République Démocratique du Congo, je me rappelle qu’en 2004 pour faire une demande de visa à Kinshasa, une femme avait besoin de l’autorisation écrite de son mari comme document à fournir à l’ambassade d’Afrique du Sud .

Voilà ! Maintenant cela n’est plus exigé. La situation des femmes s’améliore très lentement mais il y a des signes visibles :

Quelques femmes accèdent à des postes de Direction et aussi occupent des postes ministériels autres que celui de la condition féminine.

Lorsque j’étais la seule femme directrice dans la société de télécom où je travaillais à Brazzaville, on me demandait toujours où était mon patron, c’était en 1999… Mais il y a des paradoxes qui entravent l’évolution de la condition des femmes.

Quand vous écriviez, avez-vous un rituel d’écriture, des heures en particulier, des endroits précis ?

Je n’ai pas de rituel précis, j’écris sur mon téléphone, sur des carnets, sur des bouts de papier, sur mon ordinateur, j’écris tout simplement… C’est mon hobby. Je me détends en écrivant sans contrainte au gré des idées, et après je relis mes textes, je les  édite, je les corrige et voilà !

Une bonne épouse en Afrique c’est l’épouse fidèle et soumise, dans votre roman « évasion virtuelle », vous parlez de l’histoire d’une épouse « brisée » qui va renaitre après sa rencontre avec un amour du passé, ne pensez-vous pas que cela pourrait être perçu comme une incitation à l’infidélité ?

Cela n’engage que vous cette définition de la bonne épouse, cela n’est pas la mienne (rires). Une « bonne épouse  » c’est celle qui se conforme aux attentes de la société qui ne sont pas toujours d’ailleurs celles de son mari. La fidélité est ce que les époux se promettent et engage aussi bien le mari que la femme. Mon héroïne n’est pas brisée, ce sont ses espoirs et ses rêves qui le sont. Sa vie est une somme de frustrations. Elle est financièrement gâtée par son mari mais elle reste malheureuse piégée dans une vie d’apparences.

Si tous les romans policiers incitaient au meurtre et tous les romans de science-fiction à l’irrationnel, ou irait le monde ?

Des écrits, c’est comme une œuvre d’art qui laisse libre cours à son interprétation. Le lecteur est maitre, il est celui qui donne vie aux personnages et sa perception est personnelle. Chacun est libre d’interpréter mon histoire en fonction de son vécu et de sa perception. Je pense que réduire un roman à une incitation c’est insulter les lecteurs et réduire le rôle de l’écrivain. Ce sont les pensées qui doivent être bousculées et les lecteurs doivent s’interroger … Elevons le débat s’il vous plait.

Quel message voulez-vous faire passer à travers ce roman ?

« Évasion Virtuelle », c’est le roman de la femme qui ose prendre son destin en main et se réaliser en assumant ses choix et en osant être elle-même.

Pour vous, une femme accomplie c’est d’abord quoi ?

Pour moi une femme accomplie, c’est une femme qui assume ses choix et qui est bien dans la vie qu’elle a choisi. C’est une femme qui n’attend pas la validation du monde pour exister. C’est une femme qui est résiliente et qui est capable de se réinventer au gré des aléas de la vie. C’est une mère au foyer qui est bien dans son rôle et dont c’est le choix. C’est une femme qui aime ce qu’elle est , quels que soient ses choix de vie et qui vit dans son propre regard et non dans celui des autres .

Cet accomplissement, c’est un processus de maturation qui s’acquiert dans le temps en fonction du vécu de chacune. Il n’y a pas une femme accomplie mais de nombreux modèles de femmes qui se sentent accomplies. Car c’est quelque chose de personnel l’accomplissement, ce n’est pas un stéréotype figé que la société nous colle.

Quelques conseils à l’endroit des femmes qui souffrent en silence dans un mariage et n’osent pas en sortir de peur d’être rejetées par la société.

Mon premier conseil c’est de se regarder dans le miroir et de se poser les bonnes questions:

  1. Comment je me sens dans ma vie ?
  2. Que dois- je faire pour améliorer la manière dont je me sens ?
  3. Est ce que j’ai la possibilité de changer ma situation ? Etc.

Il y a un travail d’introspection à faire. C’est une démarche qui est d’abord intérieure. Une fois qu’on accepte la réalité de son mal être, on est prête à avancer.

Il faut oser en parler avec son entourage et souvent il y a des maris qui poussent leurs femmes à vivre leurs rêves. Des amis et des enfants  qui nous encouragent. La vraie barrière c’est d’abord nous-même. Une fois surmontée nous devons oser, et oser c’est agir et faire ce qu’il faut pour exister.

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