Emballages vendus en grandes surfaces : de l’abus cautionné par les clients

Publié le 27/10/2017 à 09:13

22 mai 2013. Par le décret n°2013-327, le gouvernement ivoirien interdisait l’utilisation des sachets solides. Objectif visé : protéger davantage l’environnement et préserver la santé des populations. Les grandes surfaces de distribution ont, elles, sauté sur l’occasion pour se faire plus de profits. Et la clientèle reste muette, s’y soumet.

Emballages plastiques (autrefois) remis après achat. Photo : usinenouvelle.com

Depuis 2013, dans les supermarchés en Côte d’Ivoire, le client n’a plus droit à l’emballage gratis des biens achetés. La raison évoquée par ces surfaces de distribution : l’interdiction des sachets plastiques. Le gouvernement ivoirien a certes interdit les sachets plastiques, mais n’a pas interdit l’usage des emballages. La mesure vise entre autres à « faire la promotion des emballages biodégradables ». D’ailleurs, c’est vers ces derniers types d’emballage que d’autres commerçants se sont tournés.

Des gains financiers pour les supermarchés

Au marché. À la supérette ou boutique du quartier. À la boulangerie. À la pharmacie. Le client a encore droit à l’emballage des produits achetés, sans dépenser un franc de plus. Ce dont les propriétaires et autres responsables des grandes surfaces de distribution bénéficient également, d’une manière ou d’une autre, mais qu’ils refusent paradoxalement à leur clientèle.

Au supermarché, le client doit désormais venir avec son propre emballage ou transporter ses produits dans ses mains ou contre sa poitrine. C’est dire combien la royauté du client a disparu des surfaces de distribution. On a l’impression que les supermarchés veulent faire payer aux clients la décision du gouvernement d’interdire les sachets solides pour un environnement davantage sain pour tous.

« Avez-vous un sac, un emballage ? » Une question à laquelle sont désormais habitués les clients des supermarchés. Dès que l’on répond par la négative, la caissière propose promptement « leurs » sacs. Pour s’en procurer, le client doit débourser 50 francs CFA ou plus, selon le standing et la situation géographique du supermarché.

De la publicité gratuite pour les supermarchés

Différents types d’emballages personnalisables. Photo : firplast.com

Sur les sacs proposés à la vente, l’entreprise prend bien le soin de marquer son territoire, via un « branding ». Ailleurs, sous d’autres cieux, des personnes sont chèrement rémunérées pour faire la publicité de marques. Ici, les clients paient pour emballer leurs produits, mais également pour faire la publicité de la surface de distribution concernée, gracieusement.

Ils paradent dans la cité avec lesdits emballages. Au marché, en voyage… Une visibilité plus que gratuite pour ces surfaces de distribution. Ingéniosité des supermarchés ou ignorance/docilité des clients ?

De la docilité de la population

La clientèle est tout aussi blâmable que les supermarchés, tant son attitude favorise cet état de fait. Cette population qui est prête à s’accaparer les affaires des autres, des politiques et politiciens, à défendre bec et ongles les autres et à passer sous silence ce qui touche immédiatement à son vécu quotidien.

Elle se contentera généralement de « débats de salon », de quelques murmures, pendant quelques jours, et elle rentre dans les rangs. La chose devient normale. La vie suit son cours. Et ce sont les poches et bourses qui en pâtissent. Cette frange de la population attend sûrement des mesures spéciales ou des forces spéciales pour lui remettre entre les mains ce qui lui revient. Mais, il est malheureusement établi que, rarement, les gens donnent de gaieté de cœur et sur un plateau d’or à autrui ce à quoi il a (normalement) droit, à moins qu’il ne l’arrache.

De l’orgueil de la population

D’autres personnes trouvent quasiment inutile, voire banal, que l’on se plaigne pour l’achat d’un emballage à 200 francs CFA tout au plus. Après tout, elles viennent de faire un achat de 5, 10, 15, 20… mille francs CFA. Ce ne sont pas 200 francs CFA qui vont déranger leur budget ou leur bourse. Et c’est avec une telle fierté excessive et vaine que comptent les surfaces de distribution pour se faire un maximum de profits avec les emballages qui se révèlent être une mine d’or qu’ils ne l’étaient il y a quelques années.

Prenons par exemple 50 francs CFA, le prix minimal de vente des sacs ou emballages dans les supermarchés. Et supposons que, dans une surface de distribution donnée, cent (100) clients en achètent un par jour. Cela fait un bon petit gain, inespéré il y a quelques années, par jour, par semaine, par mois et par an. Avant d’estimer éventuellement que « ça ne fait rien », rappelons-nous que c’est avec 10 ou 15 francs CFA de différence sur les médicaments vendus que les pharmaciens construisent dans la cité et roulent carrosse.

 

Evrard Aka

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