Edito : Laurent Gbagbo a le dos large !

Publié le 06/02/2017 à 12:15

Celui que l’on pourrait qualifier de « célèbre prisonnier », après une pause de deux mois environ retrouvera, ce lundi 6 février 2017, le banc des accusés, de la Cour pénale internationale (CPI). Vont alors défiler des témoins à charge ou à décharge. C’est selon la logique des récits, des appelés à la barre et la perception des parties adverses. Alors que le procès de l’ancien président, Laurent Gbagbo et son ministre de la jeunesse, le « tonitruant » général Blé Goudé, va reprendre son cours, dans le camp Ouattara, l’heure est aux (re)jouissances et à la reconnaissance.

Par Charlène Danon*

crédit photo: L’Express

Ce n’est pas demain que seront traduits en justice les responsables des massacres de Duékoué, des villages incendiés de l’ouest, des 727 morts et 20 femmes violés attribués aux pro-Ouattara, selon un rapport de la Commission d’enquête nationale mise en place après l’investiture de Ouattara, rendu le 10 août 2012. Qui rendra justice à ces morts et à ces femmes violées, l’Etat ivoirien ou la Cour pénale internationale ? Ce n’est qu’une question. Le sang n’a pas le même prix dans notre chère Eburnie. Qu’à cela ne tienne, bien loin sont jugés Laurent Gbagbo et ses vassaux, mieux se portent le pouvoir ivoirien et ses seigneurs sauf que…cette fois, la pomme risque de pourrir de l’intérieur.

Si l’on doit garder une certaine distance avec ses amis, ses ennemis par contre, il faut les garder tout contre soi. Les chefs de guerre et milices pro-Ouattara ont encore de beaux jours devant eux. Loin d’être inquiétés par la justice internationale et ivoirienne, ce sont plutôt eux qui inquiètent les Ivoiriens et la classe politique, le « Brave tchè » en tête. Les cloches de la nouvelle année ont sonné à coups de Kalash, sur presque tout le territoire, avec pour point de départ Bouaké (la rebelle). Les anciens combattants réclament leur dû, une promesse de guerre est tout sauf une promesse électorale. Elle se paye qu’importe le prix. Les 8400 comme en 2014 ont encore ébranlé l’assise du pouvoir Ouattara. Il n’aura pas fallu plus pour coucher les milliards. Une situation qui a conduit à un réaménagement de l’armée. Des postes de haut rang pour les seigneurs. Autant confier sa tête à celui qui est capable de vous la couper à tout moment.

En croire le soin que porte Alassane Ouattara aux seigneurs de guerre et leurs corollaires, on se demande qui des 8400, (aujourd’hui millionnaires et commandant de l’armée) répondra des crimes supposés commis par le camp Ouattara lors de la crise post-électorale de 2011. Nous en sommes réduits, bon gré mal gré, à subir les sautes d’humeur de mercenaires en treillis qui n’ont que faire de l’esprit républicain. Faut croire que «  si Laurent Gbagbo avait accepté de partir en 2011 » pour reprendre les propos d’Adama Bictogo, ancien ministre proche du pouvoir, la Côte d’Ivoire ne serait pas l’otage des 8400. Et comment contenir ou maintenir en une entité, trois factions d’une armée qui ne se reconnaissent non pas à l’Etat de Côte d’ Ivoire mais en leur « champion » ? C’est simple. Un troisième mandat pour ADO, c’est la très « lumineuse » idée d’associations proches du pouvoir.

Jamais deux sans trois. En Afrique, un mandat en appelle un deuxième et impose le troisième. C’est le top départ des mouvements politiques qui émergent pour préparer nos esprits à un éventuel troisième mandat du président de la République.

« Nos frères militaires et nos parents fonctionnaires restent sceptiques quant à la prise en compte de leurs problèmes par le successeur du président, car chacun veut être le meilleur choix pour l’alternance, ce qui risque de créer un désordre sans précédent » s’est inquiété Augustin Ouattara des jeunes de la Coalition des leaders du parti au pourvoir.

Le chantier de la réconciliation demande bien plus de mandats que prévus par la Constitution. La cherté de la vie, la question de l’emploi, l’utopie des logements sociaux, les prisonniers politiques, le rattrapage ethnique, autant de questions qui seront certainement gérées après l’horizon 2020. Entre temps, à quoi ont servi les 10 ans du pouvoir Alassane ? Ce n’est qu’une question.

La Côte d’Ivoire n’est certainement pas dotée d’institutions fortes pour garantir et encadrer la succession du président de la République. Il n’y a qu’à voir l’état de sa justice dont la pendule n’est à l’heure que chez les pro-Gbagbo. De solution, ADO passe à héros. Les Ivoiriens seront peut-être un peu plus reconnaissants dans ce cas. Sinon on n’aura qu’à mettre nos échecs de 10 années de pouvoir sans partage sur le dos de Laurent Gbagbo.

*Charlène Danon est une journaliste et une écrivaine ivoirienne. Diplômée de sociologie et passionnée de politique. 

 

Comments

comments