Crise dans la filière cacao : chute des cours et mévente au menu

Publié le 17/02/2017 à 12:06

Plusieurs dizaines de producteurs de cacao ont manifesté ce jeudi 17 février à Abidjan, pour protester contre la mévente de leurs productions. La manifestation a été dispersée par la police à coup de gaz lacrymogène.

crédit photo: Ivoireagro.com

Grogne des planteurs face à « l’inaction » du Conseil café-cacao

Avant qu’ils ne soient dispersés par la police, des manifestants brandissaient des pancartes où on pouvait lire, par exemple, « Tout notre cacao va à crédit. »  Cette grogne fait suite à l’immobilisation de plusieurs tonnes de cacao aux différents ports. Stock estimé à environ 400 000 tonnes.

Déjà la veille, mercredi 15 février, des syndicats de producteurs avaient donné le ton en annonçant une grève illimitée dans le secteur. Objectif : protester contre l’inaction des autorités compétentes face à leur difficulté. Notamment le Conseil café-cacao.

Producteur de cacao cherche acheteur

La mévente du cacao des producteurs ivoiriens fait suite à une chute importante des cours sur le marché mondial. Une chute qui a atteint son paroxysme en novembre dernier, 25% de baisse du prix d’achat. Conséquence, plusieurs exportateurs, qui achètent par anticipation les fèves, sont exposés à d’énormes pertes.

Mais pour Moussa Koné, président du syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI), il revient au conseil café-cacao de dédommager les exportateurs. Selon lui, le conseil doit puiser dans le fonds de réserve et les fonds de stabilisation. Fonds qui ont été créés à cet effet.  C’est en ce moment que les producteurs pourront écouler leurs sacs de fèves de cacao. Lesquels sacs commencent à se dégrader pour certains.

La surproduction qui fait grincer les dents

Dans une interview qu’elle a accordée à une radio étrangère, Massandjé Touré-Listé, directrice générale du conseil café-cacao, refuse de lier la mévente du cacao à la chute du prix sur le marché mondial. Pour elle, cette chute, bien qu’elle soit réelle, n’a pas de lien de causalité avec la mévente actuelle. Car les productions concernées ont été vendues un an à l’avance, par anticipation.

La mévente proviendrait selon elle, d’une grande surproduction dont le pic a été atteint en novembre. Elle soutient que « les vrais producteurs » savent que cette situation se résorbe progressivement.

Campagne intermédiaire et conséquences économiques

La crise actuelle, si elle n’est jugulée, pourrait s’aggraver à l’ouverture de la campagne intermédiaire d’achat de cacao. Car si le gouvernement a fixé le prix au planteur à 1100 francs CFA le kilogramme lors de la campagne en cours, il n’est pas évident que ce prix soit maintenu vu la chute des tendances actuelles. C’est là, un simple « raisonnement mathématique. »

D’ailleurs la directrice du conseil café-cacao ne cache pas l’appréhension de la Côte d’Ivoire à l’instar des autres pays producteurs. Quand on sait que près de six millions de personnes travaillent grâce au cacao et qu’il représente 15% du PIB du pays, une baisse du prix à la campagne prochaine conjuguée d’une mévente antérieure pourrait constituer un manque à gagner pour les caisses de l’Etat. Les tirelires des producteurs, elles, devraient en souffrir davantage.

Pour l’heure, la crise immédiate se situe à l’entassement des productions dans les ports. Une crise dont le dénouement n’est pas perceptible vu l’écart entre syndicats et autorités de régulation.

Mo Lameen’S – @MoLameen

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