Côte d’Ivoire : Simone Gbagbo « non coupable » mais en prison

Publié le 28/03/2017 à 19:59

Le procureur général d’Abidjan avait requis « la prison à vie » pour Simone Gbagbo. La cour de justice a décidé de l’acquitter.

L’ancienne première dame de Côte d’Ivoire était jugée depuis mai 2016 pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Elle est reconnue « non coupable ». « C’est le verdict de l’émotion », a dénoncé le procureur général. « Un soulagement », rétorque l’avocat de celle que l’on surnomme « la dame de fer ». De leur côté, les associations des victimes ont bruyamment manifesté leur mécontentement à l’annonce de l’acquittement de Simone Gbagbo.

« Non coupable, mais en prison »

 

Dans le camp des partisans de Simone Gbagbo, on a le triomphe modeste. « N’oublions pas qu’elle a déjà été condamnée à 20 années de prison », rappelle un membre du front populaire ivoirien (FPI) qui a souhaité garder l’anonymat.

En mars 2015, l’épouse de l’ancien chef d’Etat ivoirien, avait été condamnée à 20 ans de prison pour son rôle durant la crise postélectorale de 2010-2011. Une peine deux fois supérieure à celle qui avait été réclamée, à cette époque, durant les réquisitions.

Un analyste va plus loin, amer : « Simone est déjà condamnée. C’est une stratégie pour détourner l’attention des Ivoiriens. Il y a des sujets urgents. L’augmentation du coût de la vie, les scandales de détournement, la grève qui s’annonce, la crise de l’agro-business… Surtout les factures qui ont subi une augmentation, alors que ADO (Alassane Ouattara, ndlr) avait promis la baisse des coûts et une reconsidération du contrat avec les Groupes internationaux. »

Coïncidence de dates

« Le jour de cette décision de justice n’est pas fortuit», renchérit un journaliste présent à presque toutes les audiences de Simone Gbagbo. « Il intervient à la date anniversaire du massacre de populations dans la région de Duékoué (Ouest). Aucun membre du camp de Ouattara n’a été incriminé. Cette décision va détourner l’attention de l’opinion internationale de ce sujet sensible », poursuit-il.

« 28 mars. L’assaut sur Abidjan, en 2011, a débuté le 28 mars. L’acquittement de Simone Gbagbo est logique. Ceux qui ont été attaqués ne peuvent pas être condamnés. », se souvient le journaliste ivoirien Fernand Dédeh.

Simone Gbagbo est donc non coupable, mais va rester en « prison » (elle purge sa peine en résidence surveillée). Elle peut néanmoins « se réjouir » de ne pas être conduite à la Cpi, qui souhaite également la juger pour « crimes de guerre et crime contre l’humanité ».

L’acquittement de Simone Gbagbo représente « un petit pas de la Justice ivoirienne mais un grand pas sur le chemin de la réconciliation », écrit un internaute.

Philomène Tourey

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