Côte d‘Ivoire : la Société africaine de primatologie (SAP) est née

Publié le 25/07/2017 à 16:26

Près de 150 scientifiques de toute l’Afrique sont réunis à Bingerville (près d’Abidjan), du lundi 24 au jeudi 27 juillet, pour créer la Société africaine de primatologie (SAP). Cette organisation a pour objectif de sauver les singes menacés d’extinction sur le continent.


« C’est le moment de créer la SAP ; on a vraiment besoin d’une organisation africaine gérée par des Africains, à côté de la Société internationale de primatologie déjà existante », estime l’Américain Russell Mittermeier. Il est une sommité mondiale de la primatologie, spécialiste des lémuriens de Madagascar. Il est venu parrainer la naissance de la société savante.

« Les Africains, décideurs ou simples citoyens, sont plus sensibles à un discours qui vient d’un scientifique africain », estime le professeur Koné. « Le milieu de la primatologie est largement dominé par des scientifiques d’Amérique du Nord ou d’Europe. Les primatologues africains sont peu connus à l’échelle internationale. Ils n’ont pas accès aux mêmes financements, ils ne dirigent que rarement des projets de recherche ou de conservation, même sur leur propre continent », souligne le Pr. Koné.

La situation des primates est catastrophique sur le continent, où plus de la moitié des espèces sont menacées de disparition. Selon le professeur Inza Koné, « 85% des espèces de lémuriens risquent de disparaître à Madagascar». Le Pr Koné est directeur de la recherche et du développement du Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire (CSRS).

La situation n’est pas meilleure en Côte d’Ivoire. Dans ce pays, la population de chimpanzés, des primates parmi les plus proches des hommes, a chuté de 90% en 20 ans.
Les causes du déclin des populations des primates en Afrique sont connues. La chasse et le braconnage, la disparition de leur habitat, notamment les forêts, à cause de l’extension des activités agricoles humaines. Egalement l’exploitation exagérée du bois, des mines et de l’urbanisation.

Sensibiliser les populations et former les jeunes

Même si les causes sont identifiées, elles sont difficiles à éradiquer. Il faut en effet convaincre les communautés de l’intérêt de défendre les primates et leur environnement.

Rose-Marie Randrianarison, primatologue à l’université d’Ankatso (Tananarive, Madagascar) relève « l’importance de la politique dans les stratégies de protection. ». « Il faut sensibiliser les autorités traditionnelles, qui sont écoutées par la population. Il faut aussi informer et impliquer les décideurs politiques » a indiqué, Mme Randrianarison.

Pour Rachel Ikemeh, créatrice de l’ONG «  sauver les colobes rouges de la région du Delta » au Nigeria, quand « de gros intérêts économiques internationaux sont en jeu, il est difficile d’éveiller les consciences à la défense de l’environnement ». Cependant elle croit que « La SAP va permettre aux scientifiques africains d’échanger leurs connaissances, leurs expériences et  constituer des réseaux.  Et surtout former les jeunes primatologues africains ».  Rachel Ikemeh, est l’une des initiatrices du projet avec le Pr Koné.

Russell Mittermeier, vice-président de l’organisation américaine de protection de la nature Conservation international, est plutôt optimiste. « En 1971, il n’y avait qu’un seul primatologue brésilien. Grâce à la création de la société nationale de primatologie brésilienne, qui a formé massivement des jeunes, le pays comptait déjà plusieurs centaines de primatologues à la fin des années 1980» a t-i-l rappelé. Un exemple à suivre pour l’Afrique.

Viviane Yoboué

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