Côte d’Ivoire : il était une fois, des mutins qui réclamaient 5 millions

Publié le 28/01/2017 à 07:30

D’ordinaire désertes en milieu de mois, les caisses des agences bancaires de Bouaké ont connu une affluence particulière dans la semaine du 16 au 20 janvier 2017. La raison ? Les mutins y ont défilé pour « récupérer » les « 5 millions » virés pour les apaiser après leur mutinerie qui a paralysé plusieurs villes du pays. Notre reporter a rencontré un des mutins. Ce dernier raconte « l’histoire » de ces millions. 

Par Sadjo Coulibaly, envoyée spéciale à Bouaké.

Vendredi 20 janvier 2017, il est 8 h 30. On peut observer plusieurs motos devant l’agence de la banque de l’habitat de Côte d’Ivoire (BHCI). Ce sont essentiellement des militaires venus encaisser tout ou une partie des 5 millions FCFA versés sur leurs comptes respectifs par l’Etat de Côte d’Ivoire.

Les mutins que nous rencontrons n’apprécient pas qu’on leur pose des questions. L’un d’entre eux accepte néanmoins de parler. Il se fait appeler Barracuda. Dans une autre vie, il était apprenti de « gbaka » (mini-car de transport inter/urbain). Il est aujourd’hui sous-officier de l’armée ivoirienne affecté à la conduite des véhicules poids lourds. Il raconte la mutinerie.

La genèse

L’accord politique de Ouagadougou, signé en 2007, prévoyait la réunification des forces de défense et de sécurité (FDS) basées au sud et les forces armées des forces nouvelles (FAFN), au nord.

Au compte de l’ex-rébellion, 8000 EAN (Eléments volontaires pour l’Armée Nouvelle) et 400 ADS (Agents de sécurité). Les derniers cités avaient été recrutés pour la sécurisation des élections et devaient retourner à la vie civile juste après.

Ils seront finalement maintenus dans l’armée par l’actuel président Alassane Ouattara en 2011. Ce qui donne l’effectif total de 8400 hommes.

Le problème

Barracuda affirme qu’entre 2007 et 2011, ils ne recevaient ni salaire, ni prime de guerre. Contrairement à leurs désormais collègues ex-FDS.

Il confie que pour joindre les deux bouts, ils faisaient du racket aux corridors, ou bénéficiaient de l’aide de certaines personnes de bonne volonté, mais surtout ils devaient leur survie aux petites activités commerciales de leurs femmes.

En 2014, suite à une première vague de protestation, les militaires reçoivent 5 millions pour la période de 2009-2011. Barracuda confirme avoir reçu 4,2 millions de FCFA net, après déduction des charges sociales.

La mutinerie déclenchée le 6 janvier 2017 avait pour cause majeure la réclamation des arriérés de solde de la période de 2007-2009.

Le cas des autres corps habillés

Concernant les frustrations exprimées par les autres corps de l’armée, Barracuda avoue ne pas comprendre leur mécontentement.

Selon lui, il y a le cas des ex-combattants issus de leurs rangs qui ont été démobilisés et réinsérés dans d’autres corps. Ils avaient bénéficié de certains avantages financiers.

Il rappelle, par ailleurs, qu’ils ne sont pas tous sous la responsabilité du même ministère : les gendarmes et les militaires sont sous la tutelle du ministre de la défense. La police sous le commandement du ministère de l’intérieur. Les gardes pénitentiaires sont rattachés au ministère de la justice. Les douaniers sont sous la responsabilité du ministère de l’économie et des finances et enfin les agents des eaux et forêts ont leur ministère dédié.

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