Bouaké : la vie change avec 5 millions

Publié le 24/01/2017 à 08:10

On les appelle « les 8400 ». Ces militaires qui ont déclenché une mutinerie au début du mois de janvier en Côte d’Ivoire. Le mouvement est parti de Bouaké, puis s’est étendu à d’autres villes du pays. Le gouvernement a finalement cédé à leurs revendications, après d’âpres négociations. 12 millions de francs CFA. C’est la somme que touchera chacun des 8400 mutins. Depuis le lundi 16 janvier 2017, certains ont perçu 5 millions de francs… comme avance. Une nouvelle vie commence pour ces derniers. Avec des rêves et des projets à réaliser.

Par Sadjo Coulibaly, envoyée spéciale à Bouaké.

Un toit pour soi

Acheter un terrain. C’est le premier réflexe de « AB* ». Il a déjà encaissé plus de 4 millions sur son compte. « Je vais construire une maison. Même si elle n’est pas grande, au moins j’aurai un toit pour moi ». AB n’a jamais acheté de terrain. Ce qui n’est pas le cas de Doumbia (il nous autorise à citer ce nom). « J’ai déjà une maison en construction. J’ai arrêté les travaux depuis 5 ans », affirme celui-ci. « Les travaux vont donc reprendre pour achever cette villa de 5 pièces », ajoute-t-il. Sur son compte, l’argent a été viré. Mais, il ne veut pas se presser pour le retirer.

Ces projets de construction font les affaires des quincailleries et autres magasins de construction. Plusieurs d’entre eux sont déjà en rupture de stocks. Les articles les plus demandés : « Le ciment, le sable et le bois ». Nous nous retrouvons avec un des nouveaux bâtisseurs dans une quincaillerie, près de la gare routière. « Le sac de ciment coûte 5000 FCFA », indique le gérant. « Je suis là pour acheter une tonne », réplique le client. « C’est un militaire », nous souffle le vendeur.

Smartphones, gadgets et appareils électroménagers

Dans les environs de l’ex-cinéma Capitole, les boutiques et box (de vente) de téléphones portables se frottent les mains. Les smartphones, tablettes et gadgets s’écoulent comme des brioches.

« Depuis que j’exerce cette activité, je n’avais jamais autant vendu que le lundi 16 et le mardi 17 janvier », se souvient Nadège N. Elle est la gérante d’une franchise de marque chinoise. « Il y a même un militaire qui a acheté 4 smartphones en même temps ».

Il n’y a pas que les mobiles. En cette période de CAN 2017, les téléviseurs sont également prisés par les nouveaux « princes » de Bouaké. « Il n’y a pas qu’eux. C’est la période de la coupe d’Afrique qui le veut », nuance un vendeur.

Opération un militaire, une (nouvelle) moto ou auto…

Rouler à moto dans la ville de Bouaké est à la mode. Et ça ne date pas de maintenant. Pour les « mutins millionnaires », c’est l’occasion de s’en acheter une ou changer l’ancienne.

Devant un magasin, des caisses de motos sont en train d’être déchargées. Deux militaires en tenue civile observent. Ils viennent de faire plusieurs autres boutiques. Ils doivent se décider. « Les préférées des militaires sont les grosses routières ou les apaches », révèle le vendeur. « Leurs prix varient entre 800.000 et 1.000.000 de francs CFA », précise-t-il.

Pour certains mutins, l’idée de l’achat d’une voiture raisonne très fort. Ils n’ont pour l’heure pas encore fait le pas. « Il faut d’abord avoir le permis (de conduire, ndlr) », lance en riant l’un d’eux.

Noces (re)dorées

Certains mutins vont enfin mettre la bague au doigt de leur dulcinée. « Il y a longtemps que je cherchais de l’argent pour me marier », se réjouit Adama. Une grande fête, un cortège de moto, des repas copieux, un griot et des billets lancés à la volée. Le militaire de 32 ans a déjà scénarisé son mariage. Il n’y a pas de raison que cela ne se concrétise pas. Il en a désormais les moyens.

*Les noms ont été changés

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