Bénin : 10 mois après, les Béninois jugent Talon

Publié le 13/02/2017 à 10:04

L’arrivée de Patrice Talon à la tête du pays avait suscité beaucoup d’espoir. Différentes reformes ont été annoncées, d’autres déjà en cours d’accomplissement. 10 mois après qu’en pensent les béninois ? Comment est perçu Patrice Talon de l’intérieur ?

crédit photo: Le monde

Le 16 décembre 2016, Patrice Talon, a présenté le Programme d’actions du gouvernement (PAG) pour accélérer le décollage économique du pays. Consolider la démocratie, l’État de droit et la bonne gouvernance, engager la transformation structurelle de l’économie et améliorer les conditions de vie des populations : ce sont trois points essentiels de ce plan d’actions.

De l’avis général, plusieurs béninois ne comprennent pas réellement où va le président. Ils sont dubitatifs car ils ne savent pas ce que leur réservent ces réformes. Après un Yayi Boni hyper communiquant, ils ont face à eux un président plus discret. Un peu trop à leur goût. Une attitude qui donne lieu à diverses interprétations.

L’opinion est partagée

Après 10 mois, la population a du mal à cerner son président.

Selon ses farouches opposants, Talon est un commerçant, sans aucune expérience politique qui gère l’Etat béninois comme une entreprise, uniquement au profit des milieux d’affaires. Ils le voient comme « un faiseur de roi » du fait de ses liens avec les pouvoirs précédents. « Il connait bien la machine et sait comment gruger, donc de ce fait, il ne peut rien en sortir de bon pour le Benin. ». Cependant « Talon a toujours su se positionner au bon moment dans les bonnes affaires depuis Kérékou, c’est un gars intelligent qui a toujours su faire le nécessaire pour avoir la loi de son côté quelque soit l’acte posé » reconnaissent ses détracteurs.

D’un autre côté, La majorité des béninois lui reconnait des qualités d’homme d’affaires intelligent et avisé. Sa connaissance des lois, des arcanes du pouvoir, des dessous des finances de l’Etat béninois, dont il a toujours su se servir, sont des atouts selon eux. Pour cette frange de la population, Talon a des alliés au plan national et international qui lui permettront de mobiliser des fonds pour la réalisation de son programme.

Le béninois lambda considère un président riche comme une chance pour le pays. « En Afrique, le président pauvre cherche à se remplir les poches. Talon vient d’arriver, il est riche, l’argent du pays, ne lui dit rien, il travaillera donc pour le Bénin » espère Falila. Pour Ernest « On a toujours eu des présidents pauvres c’est pour cela que l’Afrique est pauvre. Talon est riche et mettra donc sa fortune à disposition. »

Mais tout le monde a bien vite compris que l’argent du président ne servira pas à cela. A Talon ce qui est à Talon. Ceux qui espéraient « une pluie de milliards » ont très vite déchanté. Une rumeur circulait selon laquelle Talon avait en sa possession des conteneurs d’argent de Mouammar Kadhafi. Le président a plutôt nommé deux banquiers, Abdoulaye Bio-Tchané et Pascal Koupaki, et a serré les vis.

Les attentes des béninois sont grandes et le changement promis semble tarder. Très dépendant de ses relations économiques avec son voisin Nigérian, (75 % de ses échanges commerciaux) le Benin subit les effets de la récession dans ce pays. Les recettes douanières et fiscales ont énormément baissé, la flambée des prix des denrées sur les marchés, la plupart des entreprises ont vu une baisse importante de leurs chiffres d’affaires.

« L’argent ne circule pas, certains investisseurs sont partis. » entend-on. « Au port de Cotonou, les véhicules d’occasion importés d’Europe sont devenus moins compétitifs. Avant, nous vendions entre 3.000 et 5.000 véhicules, le mois, alors que nous ne sommes que les 4e du secteur » témoigne un importateur, « les leaders du secteur pouvaient en vendre jusqu’à 10.000/mois, aujourd’hui les ventes ont chuté », précise t-il.

En fin janvier, le secteur connaît une petit croissance. Ce qui apporte de l’espoir mais aussi d’importants capitaux. Si la population reconnait que le gouvernement n’est pas responsable de la crise économique, elle ne comprend pas toujours les solutions apportées.

Depuis Janvier 2017, les opérations de déguerpissement et d’assainissement des voies du domaine public continuent de faire jaser. Les populations les plus démunies déplorent l’absence de solution palliative.

« Il faut que Talon fédère d’avantage, la population autour de sa vision. On ne peut pas lui enlever l’envie de construire, mais on ne construit pas sans les autres », estime l’ancien directeur d’une agence gouvernementale. « Talon fait travailler les gens, il ne perd pas de temps, il a des objectifs précis qu’il mène à bien. Mais le risque est qu’il se croit infaillible, qu’il n’entende pas les critiques », juge un entrepreneur.

Pour sa part, le Président estime qu’aussi dure soient les réformes, elles n’en seront que bénéfiques pour le Bénin.

De l’avis général, Talon est capable du meilleur comme du pire. Deux cas de figure sont possibles.

Soit il jette juste de la poudre aux yeux, pille le Benin pour son profit et celui de ses proches et part après son quinquennat. Soit il travaille pour le Benin, les résultats sont visibles dans cinq ans et tout le monde applaudit. Les optimistes ont choisi cette seconde option et attendent la mise en œuvre effective du PAG et ses retombées.

Viviane YOBOUE

Comments

comments