Génocide au Rwanda : la présence de « négationnistes » au Sénat français fait polémique

Un colloque sur l’Afrique des Grands lacs, organisé le 9 mars au Sénat, à Paris, fait polémique. Il donne la parole à plusieurs personnalités connues pour nier ou minimiser le génocide des Tutsis au Rwanda qui a fait 800 000 morts en 1994.

« Afrique des Grands Lacs : soixante ans de tragique instabilité ». L’intitulé du colloque qui se tenait le 9 mars au Sénat n’annonçait pas la couleur. Et pour cause : sa vocation principale était de réfléchir aux « responsabilités régionales et internationales » dans le génocide au Rwanda de 1994, un sujet hautement polémique. Le génocide commis à l’instigation du régime hutu alors au pouvoir, a fait environ 800 000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsie, mais aussi chez les Hutus modérés, selon l’ONU.

« Peu de sujets sont aussi clivants que le génocide des Tutsis au Rwanda et la politique de la France au Rwanda », a prévenu en ouverture du colloque le Belge Olivier Lanotte, docteur en sciences politiques. « La recherche des responsabilités est un exercice délicat vu la tendance qu’ont certains observateurs d’assimiler trop souvent au négationnisme ceux qui s’engagent sur le terrain miné de la dénonciation des crimes du Front patriotique rwandais (FPR) », mouvement de rébellion qui défend les Tutsis, a ajouté ce chercheur, auteur de plusieurs ouvrages sur des pays de la région. Le ton était donné.

Un panel d’invités litigieux

Plusieurs politiques ou associations de défenses de victimes du génocide rwandais dénoncent un panel d’invités qui ont tous en commun de nier ou de minimiser le génocide des Tutsis du Rwanda. Dans une lettre adressée le 29 février au président du Sénat Gérard Larcher, les associations « Ibuka France » et « Communauté Rwandaise de France » (CRF) soulignent qu’au « nombre des conférenciers (…) apparaissent les noms de plusieurs personnalités connues pour leur travail incessant de banalisation, minoration et/ou négation du génocide ».

Parmi ces personnalités mises en cause, la journaliste canadienne Judi Rever. Dans son ouvrage « In Praise of blood, the crimes of the Rwandan Patriotic Front” (2018) (« Éloge du sang – Les crimes du Front patriotique rwandais »), elle affirme notamment que le FPR, qui a pris le pouvoir après la tragédie, avait infiltré des milices Interahamwé, bras armé du régime génocidaire. Selon elle, quelque 500 000 Hutus ont été massacrés par le FPR et il s’agirait là d’un autre « génocide ». Ce livre, qui a fait scandale, a été jugé « négationniste » par bon nombre de spécialistes du sujet.

Parmi les participants aux tables rondes, figure également l’intellectuel franco-camerounais Adrien-Charles Onana, visé par une plainte de la Licra pour contestation de crimes contre l’humanité. Invité en octobre 2019 sur LCI par Vincent Hervouët, qui devait animer les débats lundi au Sénat, avant de renoncer à la dernière minute, il avait affirmé : « Entre 1990 et 1994, il n’y a pas eu de génocide contre les Tutsis, ni contre quiconque. » La Licra a d’ailleurs dénoncé un « colloque de la honte » au Sénat.

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