Abidjan, carrefour de l’art contemporain

Publié le 01/11/2017 à 09:01

La galerie Cécile Fakhoury et la Fondation Donwahi, incontournables de l’art contemporain ivoirien, reflètent les enjeux du marché de l’art en plein essor sur les bords de la lagune Ébrié.

Cocody, 28 juillet 2017. Entre l’immeuble carbone et la Sodemi, un chemin de terre me guide vers la galerie d’art Cécile Fakhoury. Après avoir salué le garde vêtu d’un polo jaune, mes doigts serrent la poignée. Sur la porte vitrée je lis : Kassou Seydou – King of the new cities 24.06.2017 – 23.09.2017. C’est l’exposition du moment. La pièce, un rectangle long et profond, impressionne. Le sol en béton brut est lisse. Des bancs en bois tentent de remplir la salle. Douze oeuvres colorées détonnent avec le blanc des quatre murs. Les spots de lumière mettent en valeur le travail de Kassou Seydou. C’est sa première exposition personnelle ici. Les traits de l’artiste sénégalais s’emmêlent et se démêlent. Les formes, les couleurs, les concepts nous plongent dans son monde allégorique et expressif.

Assise sur un banc avec Tanya qui travaille ici depuis mars, elle m’explique : « Déjà pas mal de toiles ont été vendues. ». La galerie représente des artistes locaux, régionaux, ou qui ont un lien fort avec l’Afrique. Mais qui achète ? À Abidjan c’est une classe sociale très aisée qui s’offre des œuvres d’art. Les motivations des acheteurs peuvent varier : sensibles et intéressés, ils veulent habiller leurs intérieurs ou conscients de la bonne santé du marché de l’art, ils veulent investir leur argent. Dans tous les cas, Tanya précise que « en général ce sont des personnes qui reviennent de l’extérieur, qui savent à quoi sert une galerie d’art ».

Il y a cinq ans, Cécile Fakhoury décide de développer l’art contemporain à Abidjan en créant la galerie. Donner de la visibilité à la créativité et à la diversité artistique contemporaine en Afrique est son objectif.  Mon dernier regard se pose sur « Capitale wallah région » où monde rural et urbain se font face.  En sortant je saute dans un taxi rouge. Rouge comme la couleur des murs de la Fondation Donwahi. C’est le deuxième lieu central de l’art contemporain ivoirien.

« Amener les citoyens ivoiriens à s’intéresser à l’art »

Depuis 2008, l’imposante maison de  25000 m2 est le cœur d’un projet artistique culturel et éducatif. Dans la cour, des photos de Jems Koko Bi tronçonneuse à la main,  recouvrent les murs. Le jardin de la Fondation est investi par le sculpteur star jusqu’au 31 juillet. En haut de l’escalier blanc, Emmanuelle qui travaille ici depuis trois ans m’accueille.  À l’intérieur, entre une photo de Siaka Soppo Traoré et un tableau de Aboudia, Emmanuelle insiste sur le rôle du célèbre directeur artistique, Simon Njami, qui conseille et guide les artistes. « Parfois les artistes ont du talent mais ne savent pas le gérer », explique Emmanuelle. Les faire vivre de leur art est l’aboutissement du travail.

Une sculpture de Jems Koko Bi dans les jardins de la Fondation Donwahi/ Crédit photo : Charlotte Boniteau

Mais le travail ne s’arrête pas là. Emmanuelle poursuit : « Notre combat est d’amener les citoyens ivoiriens à s’intéresser à l’art. ». Promouvoir l’art et sensibiliser les jeunes-âmes fait partie des engagements. « Dès le plus jeune-âge, les enfants doivent fréquenter des lieux culturels car c’est comme ça qu’ils deviendront artistes ou acheteurs ! » souligne mon interlocutrice, sourire aux lèvres. Dans le système français ces sorties culturelles sont intégrées aux programmes. Les écoles ivoiriennes commencent à se déplacer mais le chemin vers l’art est encore à construire.

Bibliothèque, espace « lounge », bar, accès wifi : la Fondation Donwahi s’efforce à être un espace de vie convivial et accueillant pour attirer le public. Et pour ne pas brusquer les gens vers l’art, l’accès est libre. Depuis la fin de la crise post-électorale ivoirienne en 2011, le marché de l’art contemporain explose et se diversifie. En sortant, la conversation avec Emmanuelle se poursuit entre les plantes. Ses derniers mots sont plein d’espoir pour l’art africain : « Les nouvelles galeries poussent comme des champignons à Abidjan et c’est bon pour les artistes ! ».

Charlotte Boniteau

Comments

comments